Entretien de Ren Zhengfei avec le Washington Post

2020.04.21

Entretien de Ren Zhengfei avec le Washington Post

10 décembre 2019

Shenzhen, Chine

M. Ren : C’est un grand plaisir de vous rencontrer. Bienvenue et merci d’être venues de si loin pour nous rendre visite. Anna Fifield, vous qui êtes basée à Pékin, vous pourriez nous rendre visite plus souvent afin d’échanger davantage sur vos domaines d’intérêt spécifiques.

01. Jeanne Whalen, journaliste de commerce mondial, bureau de Washington, le Washington Post : Je voudrais vous poser quelques questions sur la « liste des entités » de votre groupe [faisant l’objet d’une interdiction de commercer avec les entreprises américaines]. Quel a été son effet global sur Huawei ? J’aurai d’autres questions d’ailleurs plus spécifiques à ce sujet.

M. Ren : Cette liste des entités a eu un impact assez important sur Huawei. Nous devrons peut-être travailler plus dur pendant deux ou trois ans pour sortir de son ombre. Dans la situation actuelle, je pense qu’il n’y a aucun problème qui empêche que nous surmontions cette situation.

Les puces américaines sont plus avancées que les nôtres, mais nous pouvons toujours utiliser nos propres puces. En ce qui concerne la conception structurelle des systèmes 5G, nous sommes leader dans le monde. Alors, même si nous utilisons nos propres puces à la place de celles des Américains dans notre système, cela n’aura pas d’impact majeur sur la performance de nos équipements.

Comme vous pouvez le constater, nous avons retiré les puces américaines de bon nombre de nos cartes de circuits imprimés. Des opérateurs du monde entier qui ont testé ces cartes ont constaté qu’elles fonctionnaient très bien. Malgré cela, nous aimerions que les fournisseurs américains continuent à nous approvisionner en composants.

Jeanne Whalen : Par « équipement de système », vous entendez « équipement réseau 5G », n’est-ce pas ? C’est donc l’équipement des réseaux de télécommunication ?

M. Ren : C’est cela.

02. Jeanne Whalen : Selon un analyste américain, la puce FPGA de Xilinx est quasi nécessaire pour l’équipement 5G, alors je me demande comment vous l’avez remplacée. Cela s’est-il fait rapidement ? Si oui, comment y êtes-vous parvenu, et avec un niveau de performance aussi bon qu’avec Xilinx ?

M. Ren : Xilinx fournit les meilleures puces FPGA au monde. Nous avons conçu nos propres puces FPGA, mais pas à leur niveau de performance… Malgré cela, nous avons réussi à créer des algorithmes pour que ces puces FPGA fonctionnent aussi bien que celles de Xilinx dans des scénarios irl.

Jeanne Whalen : Avez-vous déjà eu des retours d’acquéreurs d’équipements réseau 5G dotés de vos puces ? Qu’ont-ils dit sur leur performance ?

M. Ren : Les retours sont assez positifs.

Jeanne Whalen : Pouvez-vous nous préciser les opérateurs de télécommunication qui ont reçu de tels équipements de votre part ?

M. Ren : Plus de 40 opérateurs ont reçu des équipements 5G avec nos puces FPGA.

Jeanne Whalen : Y a-t-il parmi eux des opérateurs européens ?

M. Ren : Oui.

Jeanne Whalen : Est-ce que vous pouvez me donner leurs noms ?

M. Ren : Il y en aurait beaucoup…

Jeanne Whalen : Vous ne pouvez pas en nommer… J’aimerais pourtant leur demander comment cela fonctionne et si cela fonctionne bien. Pourriez peut-être me donner le nom de l’un d’entre eux que je puisse contacter ?

M. Ren : Allez demander à n’importe quel opérateur en Europe. Tous connaissent les performances de nos équipements.

Jeanne Whalen : Revenons aux puces FPGA. Comment Huawei a-t-il conçu sa propre puce pour remplacer celle de Xilinx ? Pouvez-vous nous dire quelle équipe a réalisé la conception ? Était-ce une équipe à Shenzhen ou d’ailleurs en Chine ? Savez-vous combien de temps cela a pris et coûté ?

M. Ren : Nous n’avons pas à rassembler tous nos employés sur un même site. Nos scientifiques travaillent à différents endroits, mais ils travaillent ensemble, à distance. Notre budget annuel de R&D est d’environ 15 milliards de dollars américains. Ce chiffre passera progressivement à 20 milliards. Environ 30% de ce budget sont consacrés à la recherche, y compris à la conception des puces FPGA. Je n’ai pas de chiffres précis sur les dépenses engagées dans ces projets spécifiques.

Jeanne Whalen : Cela était-il de l’ordre d’un « très gros » projet pour vous ? Pouvez-vous donner des détails sur le temps qu’il a fallu pour créer cette puce de « substitution » ?

M. Ren : Le développement d’un processeur est un projet de grande ampleur. Nos processeurs Kunpeng sont plus puissants que les processeurs Intel à certains égards. Nous développons aussi des GPU et NPU pour les processeurs graphiques et de traitement neuronal, et de nombreux autres projets similaires.

Jeanne Whalen : Nous aimerions comprendre un peu plus en détail ce qu’il a fallu à Huawei pour remplacer certains composants qui sont parmi les plus importants. Les ingénieurs ont-ils travaillé nuit et jour pendant des semaines et des mois ? Pourriez-vous nous donner un peu plus d’éléments sur la façon dont vous avez remplacé ces composants américains ?

M. Ren : Je ne pense pas que cela a été facile ; il nous a fallu huit à dix ans pour développer nos propres composants. Je ne suis cependant pas à même de vous expliquer tout le détail des travaux.

Jeanne Whalen : Cela a probablement pris des années, et cela existe depuis mai 2019. Travaillez-vous sur vos propres versions de processeurs et circuits FPGA ?

M. Ren : Bien sûr. Nous y travaillons depuis plus d’une décennie.

03. Jeanne Whalen : En ce qui concerne vos téléphones, le Wall Street Journal a publié un article intéressant début décembre 2019 où il était question du démontage d’un téléphone Huawei Mate 30 dans lequel on constatait qu’il n’y avait aucun composant américain. Qu’est-ce qui remplace ces composants américains dans vos téléphones ? Comment et qu’avez-vous pu éliminer exactement ?

M. Ren : Je dirais que Huawei n’aurait pas dû mettre en place notre « plan B ». Il n’y a pas si longtemps, les États-Unis étaient le seul pays au monde à savoir développer des processeurs. Vous pouvez donc imaginer à quel point la difficulté est de taille. Cependant, nous avons décidé de développer nos propres processeurs parce que nous craignions de ne pouvoir accéder aux processeurs des États-Unis sur le long terme.

Il y a plus de dix ans, Huawei était une entreprise très « pauvre » et nous utilisions les composants américains pour développer nos produits. Dans le même temps, nous mettions en place un « plan B », c’est-à-dire le développement de processeurs et composants. Comme je viens de le dire, Huawei était assez pauvre à l’époque. Si nous n’avions emprunté qu’une seule voie, le coût aurait été relativement faible. Cependant, nous avons dû emprunter deux chemins, ce qui a fait augmenter nos coûts.

Nous l’avons fait parce que nous ne nous sentions pas en sécurité. Si les États-Unis nous avaient rassurés, nous n’aurions pas eu besoin de plan B. Malheureusement, la situation actuelle de Huawei perdure et si le gouvernement américain ne lève pas bientôt ses sanctions contre Huawei, de nombreuses autres sociétés vont également s’inquiéter d’éventuelles sanctions venues des États-Unis et finir par développer leur propre plan B. Ce qui serait une mauvaise chose pour les États-Unis.

Lorsque le gouvernement américain a ajouté Huawei à sa « liste des entités », son objectif n’était pas très clair. Certains disent qu’ils visaient la 5G de Huawei, mais je pense que cela n’a pas été le cas. Il semble qu’ils ciblaient tout ce dont Huawei a besoin, c’est-à-dire de ses fournisseurs extérieurs. Huawei utilise de nombreuses puces bas de gamme fabriquées aux États-Unis. Ces puces ne sont pas des composants aussi complexes que les processeurs. Si les entreprises américaines ne sont plus autorisées à les fournir à Huawei, il nous sera assez facile de trouver des alternatives dans d’autres pays. Et dans le cas où nous ne pourrions pas trouver de fournisseur alternatif, quelques mois nous suffiraient pour développer ces puces par nous-mêmes. Si ces produits de remplacement marchent bien, alors à qui les petites entreprises américaines vendront-elles leurs puces bas de gamme ? Par conséquent, ajouter Huawei à la liste des entités des États-Unis nuit non seulement à Huawei, mais aussi à de nombreuses petites entreprises américaines.

04. Anna Fifield, cheffe du bureau de Pékin, The Washington Post : M. Ren, des responsables de l’administration Trump disent vouloir se dissocier de l’économie chinoise. mais de nombreux analystes disent que c’est impossible. Il me semble que ce que vous décrivez est un découplage de Huawei des États-Unis. Seriez-vous d’accord avec cette description ?

M. Ren : Non, je ne pense pas que cette description soit fidèle à la réalité. La mondialisation économique a été initiée par les pays occidentaux, principalement par les États-Unis. La mondialisation s’est gagnée en des décennies d’efforts. Je ne pense donc pas qu’il soit réaliste pour nous de revenir en arrière et de diviser le monde en deux.

Nous sommes maintenant à l’ère de l’Internet. L’information circule rapidement et les articles des scientifiques sont partagés en ligne peu de temps après leur publication.

En outre, les entreprises américaines ont développé de nombreux produits high-tech. Si elles ne veulent pas les vendre à d’autres pays, comment survivront-elles ?

La position que nous adoptons actuellement ne relève pas de notre choix, ni de notre objectif à long terme. Nous n’entrons pas dans un cercle fermé de l’innovation indépendante et de l’autosuffisance. Nous adoptons simplement une approche temporaire pour survivre face à la « liste des entités ».

Anna Fifield : A contrario, Xi Jinping parle sans cesse de la nécessité de l’autonomie de la Chine…

M. Ren : Je ne pense pas que l’autonomie et l’ouverture soient antinomiques. Je suis un partisan de l’autonomie dans l’esprit, mais pas en tant que système. Un système autosuffisant est défectueux. Si la Chine peut utiliser de bons produits fabriqués par les États-Unis, une énorme partie du coût sera économisée, et vice versa.

05. Anna Fifield : Le gouvernement chinois a manifesté publiquement son soutien à Huawei pendant la période où vous étiez sous le feu des États-Unis. Qu’a-t-il fait en privé pour aider Huawei à traverser cette tempête ?

M. Ren : Rien. Comme toute autre entreprise chinoise, nous payons des impôts et nous ne percevons pas de subvention spéciale du gouvernement. Nous demandons rarement des prêts auprès des banques ; 90% de notre capital d’activités est autofinancé et nous empruntons les 10% restants à des banques étrangères. Nous n’avons contracté des prêts auprès de banques chinoises que très récemment.

Anna Fifield : La Banque de développement de Chine vous a-t-elle accordé une ligne de crédit directe plus importante ?

M. Ren : Je ne pense pas. La Banque de développement de Chine accorde des prêts principalement à des projets d’infrastructures, tandis que Huawei sollicite des prêts commerciaux comme fonds de roulement. Nous prenions des prêts auprès de banques internationales, à des taux d’intérêt relativement bas, et nous n’avons commencé à émettre des obligations que récemment auprès de banques chinoises. Nos états financiers sont vérifiés par les experts de KPMG et je peux vous montrer nos rapports annuels de la dernière décennie.

Anna Fifield : Quelles banques internationales vous accordent du crédit ou vous aident en ce moment ?

M. Ren : Elles sont rares pour le moment, car elles ont peur de la liste des entités.

Anna Fifield : Pour clarifier les choses, voulez-vous dire que, cette année, les banques internationales ont coupé les financements à cause de la pression américaine ?

M. Ren : Pas tout à fait. Elles n’utilisent pas vraiment le mot « couper », mais adoptent un positionnement très vague à l’égard de Huawei. Elles ne nous prêtent tout simplement pas et nous n’empruntons pas auprès d’elles. Le taux d’intérêt moyen des prêts chinois est 2% plus élevé que celui des banques internationales.

06. Jeanne Whalen : Aux États-Unis, il existe depuis longtemps cette idée selon laquelle Huawei reçoit des subventions du gouvernement chinois. Avez-vous déjà reçu des aides gouvernementales qui vous auraient permis de réduire vos coûts et facturer moins sur le marché international ?

M. Ren : Les subventions que nous avons reçues du gouvernement sont destinées à la recherche fondamentale. Le financement total de la recherche que nous avons perçu au fil des ans représente moins de 0,2% de nos revenus.

Catherine Chen (Présidente de la relation publique du groupe Huawei) : Tous ces projets de R&D soutenus par le gouvernement sont des projets publics, ouverts à toutes les entreprises, y compris les entreprises étrangères.

Jeanne Whalen : Pouvez-vous préciser de quel type de subvention il s’agit ? Je suis désolée, je ne comprends pas.

M. Ren : Un pays peut initier des groupes de travail pour la recherche fondamentale. À certains moments, notre entreprise a été leader de certains groupes de travail et a bénéficié de fonds du gouvernement. Nous avons travaillé avec d’autres pour effectuer des recherches et publier des articles sur celles-ci, et bon nombre d’entre elles n’étaient pas destinées à un usage commercial. En outre, nous avons également contribué à la rédaction des normes et à l’organisation des conférences.

Catherine Chen : Je voudrais ajouter que ces projets de R&D soutenus par le gouvernement chinois sont de même nature que ceux lancés par d’autres gouvernements, tels que l’UE et le Canada. Le projet Horizon 2020 bien connu et bien financé de l’UE en est exemple. Des sociétés chinoises comme Huawei et des sociétés étrangères comme Ericsson et Nokia ont participé à ces projets et ont reçu des subventions.

M. Ren : Je voudrais corriger une perception erronée qui a cours. Les produits de Huawei sont chers, nos prix sont plus élevés que ceux d’Ericsson, mais un peu inférieurs à ceux d’Apple. Certes, nous avons enregistré des profits, mais nous ne les avons pas amassés pour grossir. Au lieu de cela, nous les avons investis dans la recherche stratégique.

Jeanne Whalen : Vous dites que vos produits sont plus chers que ceux d’Ericsson aujourd’hui. Et par le passé ? Car nous avons toujours entendu dire que les produits de réseau de Huawei étaient considérablement moins chers que ceux d’Ericsson ou de Nokia.

M. Ren : Nos produits étaient aussi chers avant, sinon nous ne serions pas devenus ce que nous sommes aujourd’hui. Cependant, par rapport à d’autres fournisseurs, nous proposons beaucoup plus de fonctions dans un même système. Ainsi, après avoir utilisé nos produits, les clients en concluent qu’ils sont moins chers compte tenu de tout ce qu’ils leur apportent.

Jeanne Whalen : Par exemple, j’ai récemment écrit à propos d’un opérateur dans une région rurale des États-Unis, en Oklahoma, qui s’est équipé chez Huawei il y a cinq ou six ans précisément parce que Huawei était beaucoup moins cher et proposait également des produits de bonne qualité. Mais la principale considération pour cet opérateur était le prix, qui était beaucoup moins élevé. Cela, nous l’avons souvent entendu. Donc c’est étrange pour moi d’entendre que vos produits ont toujours été plus chers.

M. Ren : Nos produits sont vendus à des prix élevés dans de nombreux pays et régions tels que l’Europe, le Moyen-Orient, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Aux États-Unis, le plus gros problème est que nombre de fournisseurs, qui travaillent habituellement avec de grands opérateurs, hésitent à délivrer leurs services aux petits opérateurs dans des régions éloignées, de sorte qu’ils proposent généralement des produits à des prix plus élevés. Par conséquent, les petits opérateurs aux États-Unis trouvent que l’équipement utilisé par les grands opérateurs est coûteux. Pour le grand public, cependant, nous sommes moins chers qu’Apple, et ce d’environ de 5%.

07. Anna Fifield : À quelle fréquence êtes-vous en contact avec des dirigeants chinois comme Xi Jinping, Li Keqiang et Liu He ? Les rencontrez-vous en personne ou leur parlez-vous au téléphone ou sur WeChat ?

M. Ren : J’espère que vous pourrez me donner leurs numéros de téléphone, car je ne les ai pas. Peut-être pourriez-vous nous les présenter un jour, car nous ne savons pas où rencontrer ces dirigeants chinois ! Nous estimons que Huawei a la capacité de faire face aux répercussions de la liste des entités et nous n’avons pas besoin de l’aide du gouvernement chinois. La liste des entités concerne les composants, c’est donc une question de technologie et seuls les scientifiques peuvent nous aider. Que ces dirigeants politiques nous accordent ou non leur confiance, cela ne changera pas le cours de la bataille. En fin du compte, c’est un problème technologique que nous résoudrons avec des moyens technologiques. La politique n’est pas la solution à notre problème avec les États-Unis.

08. Anna Fifield : Comme vous le savez auront bientôt lieu les élections présidentielles aux États-Unis et la campagne a déjà commencé. Démocrates et républicains sont unis dans leur position face à la Chine, soit une position ferme dans la manière de faire face à la compétitivité chinoise. Le président Trump a évidemment adopté une ligne dure et l’a mise en œuvre contre Huawei en particulier. Mais certains politologues chinois, avec qui j’ai pu m’entretenir, disent qu’ils espèrent que le président Trump sera réélu parce qu’il est un élément connu et qu’il est quelqu’un réputé très « transactionnel », c’est-à-dire disposé à conclure un accord. Nous l’avons vu en ce qui concerne votre fille et Hong Kong. Il a mis toutes ces questions sur la table comme quelque chose qui peut être négocié dans le cadre d’un accord commercial. Je me demande donc ce que vous pensez du président Trump. Aimeriez-vous le voir réélu, sachant que vous l’avez connu pour le meilleur ou pour le pire ces dernières années et que vous pouvez prédire comment il réagira ?

M. Ren : J’estimais que le président Trump était un grand président, car il a baissé les impôts si rapidement dans une démocratie que sont les États-Unis. C’est tout un exploit. Mais il a également fait une chose qu’il n’aurait pas dû : écraser certaines entreprises et faire peur à certains pays. L’idée derrière son slogan « America First » (« l’Amérique d’abord ») est également fausse.

C’est comme dans une grande famille, si le frère aîné est désintéressé et disposé à partager avec ses petits frères, les frères le suivront fidèlement. Mais si l’aîné est égoïste et pense que c’est « moi d’abord », les petits frères suivront leur propre chemin. De même, ce que Trump a fait nuira également aux alliés des États-Unis.

Ce n’est pas seulement le problème de Huawei. À bien des égards, le gouvernement américain effraie de nombreux investisseurs. Alors, comment vont-ils compenser la perte de recettes fiscales ? Le but des réductions d’impôts était d’attirer des investissements, mais attirer des investissements n’est qu’un aspect. D’un autre côté, le gouvernement américain fait peur au monde entier en brandissant ses menaces commerciales. Personne n’ose investir aux États-Unis. Les gens ont même de moins en moins envie de voyager aux États-Unis.

Tout à l’heure, vous décriviez le style de Trump comme transactionnel. Cela signifie qu’il veut faire avancer les choses. J’ai lu que la Chine et les États-Unis expriment leur désir d’atténuer les tensions actuelles afin que chacun puisse surmonter ses propres défis. Mais chaque fois que les deux pays ont semblé être sur le point de conclure un accord, les États-Unis ont soudainement posé des exigences supplémentaires et, par conséquent, aucun accord n’a jamais été conclu. En fait, de nombreuses questions peuvent être traitées phase par phase. C’est comme monter des escaliers, c’est une marche à la fois. J’ai vu que Trump a dit qu’il voulait une solution de fond au problème actuel. Il est très difficile de grimper jusqu’au sommet en un seul grand pas. En fait, la Chine fait face à des difficultés économiques. Et selon moi, la Chine est prête à faire un compromis sur ce terrain précis. Si la Chine et les États-Unis reculent un peu et visent ensuite à conclure un accord pour l’avenir, cela fonctionnera mieux.

Trump a fait une chose extraordinaire qui a été de réduire les impôts pour attirer les investisseurs. Mais il a également commis une grosse erreur, celle de faire des États-Unis un ennemi de tant de pays et de nombreuses entreprises à travers le monde, et en conséquence personne n’ose investir aux États-Unis. Prenez Huawei par exemple. Nous sommes maintenant sur liste noire, mais notre filiale américaine est bien sur liste blanche. Nous ne pouvons pas interagir les uns avec les autres. Si nous ne pouvons même pas gérer notre filiale américaine, alors à quoi bon augmenter nos investissements aux États-Unis ? Donc si les États-Unis veulent développer leur économie et résoudre leurs difficultés, ils devraient essayer d’attirer chez eux d’importants investissements étrangers.

Heureusement, en ce moment, Huawei est la seule entreprise dans le viseur des États-Unis. Les sociétés américaines devraient se mettre rapidement à vendre leurs composants à d’autres sociétés chinoises. De cette façon, ces entreprises pourraient occuper le marché auquel nous n’avons pas accès actuellement, et il y aura toujours un grand marché en Chine pour les composants américains. Les États-Unis devraient également essayer d’attirer des entreprises du monde entier pour investir dans leur pays. Aux États-Unis, le gaz naturel, l’électricité, les terrains, toutes sortes de logements, des appartements aux hôtels particuliers, et les produits de base dans les supermarchés sont relativement bon marché, et les taxes peu élevées. Aux États-Unis, il ne peut y avoir qu’un seul défi : le coût élevé de la main-d’œuvre. Cependant, l’intelligence artificielle étant adoptée dans de nombreuses usines, les entreprises n’ont plus besoin d’autant de personnes que par le passé. Alors pourquoi ne pas utiliser pleinement les ressources américaines pour stimuler l’économie ?

Pourquoi les entrepreneurs hésitent-ils à investir aux États-Unis malgré les conditions attractives qui y règnent ? Parce qu’ils craignent d’être un jour arrêtés par le gouvernement américain. Huawei est probablement l’une des entreprises qui se conforment le mieux aux lois et réglementations partout où elle opère. Et pourtant nous devons encore affronter tant de difficultés. En regardant ce qui arrive à Huawei, les entreprises qui ont un mauvais bilan de conformité réfléchiront certainement davantage avant d’investir aux États-Unis.

Anna Fifield : M. Ren, si vous montiez dans un ascenseur et que le président Trump s’y trouvait, vous auriez trente secondes avec lui, que lui diriez-vous ?

M. Ren : J’aimerais que vous me chronométriez pour m’assurer que je ne parle pas plus de trente secondes. Je pense que la collaboration pour un succès partagé est une tendance mondiale. Les États-Unis sont le pays le plus puissant du monde. Ils devraient avoir la confiance pour jouer un rôle de premier plan dans la mondialisation. À l’heure actuelle, les États-Unis choisissent de ne pas vendre leurs excellents produits à d’autres pays, alors comment peuvent-ils réduire leur déficit budgétaire ? Les États-Unis n’ont pas de produits bas de gamme. Ils n’ont que des produits haut de gamme. Ils doivent donc collaborer avec les autres pour réussir ensemble.

Anna Fifield : Trente-deux secondes. C’était plutôt bien.

09. Jeanne Whalen : Le président Trump a manifestement adopté une position ferme contre la Chine et Huawei. Mais en fait, les deux partis aux États-Unis s’accordent sur ce qu’ils ressentent par rapport à la Chine : qu’elle a traité l’Amérique de façon injuste. Il est assez rare que les deux partis soient d’accord. Pourquoi une telle situation selon vous ? Est-ce qu’il s’agit d’une perception erronée des Américains que la Chine aurait joué de manière déloyale ? Ou la Chine a-t-elle commis des erreurs au fil des ans dans ses relations avec l’Occident et les États-Unis ?

M. Ren : Tout d’abord, je ne suis pas un politicien, donc je ne peux me poser en analyste. Cependant, je peux vous donner mon avis humble sur la situation. Je peux comprendre que les États-Unis aient eu peur de la Chine il y a quarante ou cinquante ans parce que l’idéologie suivie par la Chine à l’époque était radicalement différente de la leur. À cette époque-là, la Chine était un pays très peu puissant. Depuis lors, la Chine a vécu d’énormes changements. Si je vous voyais dans la rue il y a trente ou quarante ans, je m’éloignerais le plus vite possible. Je n’oserais même pas passer devant vous, de peur que quelqu’un signale aux autorités que j’avais approché une étrangère. Alors on m’aurait demandé ce que je vous avais dit… cela m’aurait mis dans une position très dangereuse à l’époque. Mais aujourd’hui nous pouvons nous asseoir ensemble et discuter autant que nous le voulons. Vous pouvez visiter notre campus et prendre toutes les photos que vous souhaitez. Lorsque les journalistes de l’Associated Press sont venus ici, ils ont filmé nos salles d’exposition et pris des photos de nos circuits imprimés. Tout cela montre l’ouverture et les progrès réalisés par la Chine au cours des dernières décennies.

De votre point de vue, la Chine devrait être encore plus ouverte ? À notre avis, nous devons continuer à avancer étape par étape. La Chine progresse en s’ouvrant progressivement. Les États-Unis devraient reconnaître les changements réalisés ici.

Les États-Unis disent toujours qu’ils sont perdants dans les accords commerciaux avec la Chine, mais je ne sais pas si cela est vrai ou non. La récente exposition internationale de l’importation de la Chine à Shanghai a clairement montré que la Chine souhaitait acheter dans d’autres pays. Les États-Unis n’ont cependant pas assisté à l’exposition. Veulent-ils vraiment faire des affaires avec la Chine ? Ils semblent constamment inquiets que la Chine leur vole le leadership mondial, mais je ne pense pas que ce soit possible à l’horizon des cinquante prochaines années. Les États-Unis sont un pays extraordinaire, mais même eux n’ont pas réussi à résoudre les problèmes au Moyen-Orient. L’ancienne Union soviétique non plus. D’autres pays peuvent-ils résoudre les problèmes là-bas ? En réalité, la position dominante américaine reste inchangée. C’est beaucoup de soucis pour rien.

Pour cette raison, je pense que les États-Unis devraient vendre leurs excellents produits au monde entier et gagner de l’argent pour propulser leur économie. C’est dans son meilleur intérêt.

10. Jeanne Whalen : Quelle est l’origine, selon vous, de la profonde méfiance et de la colère contre la Chine qui se manifestent aux États-Unis ? Comme je l’ai dit, les deux principaux partis ont adopté vis-à-vis de la Chine une position commune.

M. Ren : Les États-Unis ont fait des sacrifices importants il y a quatre-vingts ans pendant la Seconde Guerre mondiale. Partout dans le monde, on a commencé à faire confiance aux États-Unis et le centre financier mondial s’est déplacé du Royaume-Uni aux États-Unis. Les États-Unis ont apporté leur contribution au maintien de l’ordre mondial et à un développement pacifique du monde. Mais les États-Unis n’ont pas subi de pertes pendant ce processus, car le dollar américain a été utilisé comme monnaie d’échange dans le monde entier.

Au cours des dernières décennies, cependant, les États-Unis ont été en guerre dans de nombreux pays du monde. Ils ont détruit l’ordre international qu’ils avaient établi, tout comme l’ordre économique centré sur le dollar américain.

Sans un environnement macroéconomique stable ou un instrument financier fiable pour les transactions, l’économie mondiale se dirige certainement vers une récession. Aucun pays ne peut remplacer l’Amérique dans ce rôle de gardien de l’ordre mondial. Aucun pays n’essaie de prendre sa place. Je pense que les États-Unis devraient réfléchir aux erreurs qu’ils ont commises ces dernières années et rétablir la confiance internationale.

Jeanne Whalen : Cela n’a pas vraiment répondu à ma question… Pourquoi y a-t-il une méfiance envers la Chine aux États-Unis en ce moment ?

M. Ren : Je pense que c’est le problème des États-Unis. Je fais encore beaucoup confiance aux États-Unis pour le moment. Un grand nombre d’Américains ne comprennent pas très bien Huawei, donc je pense que nous devons nous engager davantage avec eux pour mieux nous comprendre mutuellement.

11. Anna Fifield : Monsieur Ren, combien de fois êtes-vous allé aux États-Unis ?

M. Ren : D’innombrables fois.

Anna Fifield : À quand remonte votre dernière visite ?

M. Ren : Je ne me souviens pas exactement. Mais à chaque fois, c’était pour affaires, donc je suis surtout allé dans les grandes villes. Je regrette de n’en avoir pas vu d’autres lieux plus pittoresques.

Anna Fifield : Pensez-vous que vous pourriez ne plus y avoir droit de cité ?

M. Ren : Je n’ai pas besoin d’y aller…

Anna Fifield : Pouvez-vous expliquer cela ? Craignez-vous que Trump vous fasse arrêter si vous allez aux États-Unis ?

M. Ren : Ce n’est pas pour cela. À quoi bon aller aux États-Unis ? Huawei a été mis sur liste noire et nous ne pouvons dialoguer avec personne ni même une entreprise américaine. Alors, à quoi cela sert-il d’y aller ? Quand Huawei sera retiré de la liste des entités, je repenserai à cette question.

Anna Fifield : L’arrestation de votre fille a-t-elle affecté votre propre calendrier de voyages ?  Évitez-vous dorénavant d’aller dans des pays ayant des traités d’extradition avec les États-Unis ?

M. Ren : Non, car il n’y a aucune raison pour que les États-Unis m’arrêtent.

Anna Fifield : Est-ce que vous êtes allé voir votre fille à Vancouver ?

M. Ren : Cela nécessiterait l’approbation de Trump…

Anna Fifield : Cela a donc affecté vos projets de voyage ?

M. Ren : Non, je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour voir ma fille. Je pense que passer un coup de fil revient à la voir en personne.

12. Anna Fifield : Votre fille Meng Wanzhou est assignée à résidence à Vancouver. Elle est là-bas depuis un an maintenant. Mais pendant cette période, elle a pu vivre dans une maison chic, vous répondre au téléphone, voir son mari et sa fille, consulter des avocats, peindre, aller au restaurant, etc. Il existe un processus juridique transparent en ce qui concerne le cas de votre fille. Alors qu’il y a un an jour pour jour, deux Canadiens, Michael Spavor et Michael Kovrig, ont été arrêtés et détenus ici en Chine. Ils ont été mis pendant les six premiers mois à l’isolement les lumières allumées 24 heures sur 24, et pendant les six mois suivants, dans une cellule en prison. Ils n’ont accès ni à des avocats ni à leurs familles. Il n’y a pas de processus juridique transparent pour eux. Qu’en dites-vous ? Est-il juste qu’ils soient traités de cette manière ? Ne devrait-il pas être accordés les mêmes droits judiciaires que ceux dont jouit votre propre fille au Canada ?

M. Ren : Malheureusement, je ne sais rien sur ces incidents, donc je ne peux pas répondre à cette question.

Anna Fifield : C’est ce que je voulais dire. Personne ne connaît les détails. Le processus n’est pas transparent. Ils n’ont pas comparu devant un tribunal. Ils ne peuvent parler à des avocats. Aucun détail n’a été rendu public sur les charges retenues contre eux.

M. Ren : Je n’ai eu connaissance de quoi que ce soit. Vous connaissez peut-être leurs noms, mais pas moi.

Anna Fifield : Vous ne connaissiez pas leurs noms ?

M. Ren : Non, parce que je ne suis pas concerné par cela et cela n’a rien à voir avec moi. Ce qui m’importe, c’est de réparer les trous dans cet « avion criblé de balles » qu’est Huawei afin que nous puissions atterrir en toute sécurité malgré les attaques américaines.

Anna Fifield : Les deux Canadiens en question, Michael Spavor et Michael Kovrig, je les connais personnellement grâce à mon travail. J’ai des relations professionnelles avec eux. Je sais par l’intermédiaire de leurs représentants qu’ils clament tous les deux leur innocence de la même manière que votre fille. Je suis donc simplement curieuse de savoir, puisque vous pensez que la Chine est un pays développé et que la Chine a réalisé de nombreuses réformes et s’est ouverte, s’il est juste que la Chine traite quelqu’un de cette manière, alors que votre fille n’est pas traitée ainsi.

M. Ren : Je suis juste un homme d’affaires, et j’ignore certains problèmes sociaux, donc je ne connais rien sur cette affaire.

Anna Fifield : Pensez-vous que ce soit une coïncidence s’ils ont été arrêtés dix jours après que le Canada a retenu votre fille ?

M. Ren : Je ne sais pas.

13. Anna Fifield : Les Chinois ne pourront pas lire cette interview avec vous sur Internet parce que le Washington Post ainsi que la plupart des autres médias étrangers sont bloqués en Chine. Vous avez parlé de la réforme et de l’ouverture de la Chine. En octobre 2019, nous avons assisté à l’incroyable célébration du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine et de tout ce que la Chine a accompli. Pensez-vous qu’il est bon pour un pays comme la Chine d’avoir ce grand pare-feu et de couper Internet ? Ne peut-on pas faire confiance aux Chinois pour lire sur l’Internet ouvert ?

M. Ren : Huawei n’est ni un média ni une entreprise Internet, nous ne savons donc pas comment traiter les choses que vous avez mentionnées. Vous feriez mieux de vous adresser à une entreprise Internet.

Anna Fifield : Mais vous êtes une entreprise technologique. Vous ne pouvez pas installer l’application du Washington Post sur vos téléphones, ni Facebook. C’est quelque chose qui vous concerne en tant que fondateur d’une énorme entreprise de télécommunication.

Jeanne Whalen : Aimeriez-vous que les Chinois puissent utiliser Facebook et lire le Washington Post sur vos téléphones ?

M. Ren : Tout comme les États-Unis empêchent Huawei d’entrer sur son marché, la Chine vous a exclu du marché chinois. C’est une rue à double sens, non ? Huawei est une entreprise qui ne présente pas de problème idéologique, mais les États-Unis ont toujours fait pression sur nous et nous ont toujours bloqués. C’est comme si les États-Unis nous frappaient avec un bâton. Ce que la Chine fait au Washington Post n’est pas aussi mauvais que cela.

Anna Fifield : Mais prenez l’exemple de l’Allemagne. Elle est ouverte à Huawei et la chancelière Angela Merkel a déclaré que le groupe ne serait pas bloqué. Mais les médias allemands se heurtent au pare-feu chinois. Alors, les Chinois ne devraient-ils pas pouvoir accéder à l’Internet ouvert et se faire leur propre opinion ?

M. Ren : Vous devriez demander à Trump si les produits de Huawei ne devraient pas être autorisés aux États-Unis et demander aux autorités des médias chinois si vous pourriez être autorisés en Chine. En me posant la question, vous la posez à la mauvaise personne : quelqu’un qui a été lésé par les États-Unis, banni du marché américain, et dont un membre de la famille a été arrêté à la demande des États-Unis pour des allégations non fondées. Comment puis-je répondre à cette question, à savoir si les États-Unis ont été traités de façon équitable ou non ?

Anna Fifield : Ce n’est pas une question sur les États-Unis, il s’agit d’une question concernant la Chine. Le gouvernement chinois empêche délibérément les citoyens chinois d’accéder aux sites Web qu’ils souhaitent, quelle que soit leur origine, y compris des sites chinois. En tant que fondateur d’une entreprise technologique et leader dans le monde des affaires en Chine, quel est votre point de vue sur cela ? Les Chinois ne devraient-ils pas pouvoir choisir eux-mêmes ce qu’ils lisent sur vos appareils ?

M. Ren : Je veux poser une question similaire aux États-Unis. Pourquoi ont-ils exclu Huawei ? Je veux une explication à cela. Les États-Unis nous excluent non seulement de leur marché, mais nous imposent également de sévères restrictions.

Anna Fifield : Alors, puis-je en conclure que vous soutenez le grand pare-feu de Chine ?

M. Ren : Nous n’avons pas construit le grand pare-feu. Nous fournissons la connectivité au monde. Donc, mon point de vue est que, pour toute question concernant les États-Unis : adressez-vous à Trump ; pour toute question concernant la Chine : interrogez les autorités chinoises compétentes. L’ouverture doit être mutuelle. Les États-Unis ont été ceux qui ont fermé leurs portes en premier et lancé une campagne visant à écraser Huawei. Ils ont même interdit l’accès de Huawei aux composants d’importance mineure. Alors, comment les États-Unis peuvent-ils prouver qu’ils sont un grand pays ?

Anna Fifield : Le grand pare-feu a été installé de nombreuses années avant l’élection de Trump.

M. Ren : Huawei se voit refuser l’accès au marché américain depuis de nombreuses années. Le problème ne date pas du 16 mai 2019 lorsque Huawei a été ajouté à la liste des entités. Si les États-Unis sont un pays magnifique et ouvert, pourquoi opposent-ils une résistance aux technologies avancées ?

Anna Fifield : Je pense que ce sera tout pour nos questions. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

M. Ren : Je n’ai rien à ajouter. Je voudrais juste vous dire que vous êtes la bienvenue en Chine, aujourd’hui et à l’avenir. Pas seulement vous, mais n’hésitez pas à amener vos amis également. Je pense que cela est important pour améliorer notre compréhension mutuelle.