TechTalks #2 : Technologie et réinvention pédagogique

2020.11.03

En août dernier, la rédaction du magazine Challenges lançait, en partenariat avec Huawei, les « TechTalks », nouveau format de débats d’experts, pour parler des enjeux qui touchent le monde de la tech aujourd’hui.

Au programme de cette seconde édition qui se déroulait à la Gaîté Lyrique, à Paris, une thématique centrale, concernant en particulier les moins de 25 ans : la place de la technologie dans les modèles d’éducation et vers une forme de réinvention pédagogique.

Ce sujet résonne particulièrement en cette période de crise sanitaire et de confinement. Des dizaines de millions d'enfants et d'étudiants à travers le monde ont été contraints de quitter les écoles et les universités ces derniers mois. Cette période risque, malheureusement d'accroître encore les inégalités, mais elle peut aussi nous apporter des opportunités de changements drastiques. En France, par exemple, l'Éducation nationale a fait sa révolution numérique en trois jours.

Autour de Gilles Fontaine, rédacteur en chef de Challenges, Jean Chambaz, président de Sorbonne Université, Marie-Christine Levet, Fondatrice de Educapital et Merouane Debbah, directeur de la R&D de Huawei France, ont cherché à savoir comment les technologies peuvent aider et transformer le secteur de l’éducation et de la formation en général.

Les enseignements de la crise sanitaire

Pour Marie-Christine Levet, “la crise a précipité le monde entier dans l’edtech, (qui concentre) les technologies au service de l’éducation”. En effet, “190 pays ont fermé leurs écoles, 1,7 milliard d’étudiants et d’enfants se sont retrouvés chez eux du jour au lendemain.” Cependant, “l’école que nous avons vécue pendant le confinement n’est pas l’école que l’on veut.” En effet, “la technologie est au service du professeur (...) et doit préparer mieux nos enfants au monde de demain.” “Nous avons vécu une edtech à son niveau de base, ce n’est pas ce que l’on imagine que la technologie peut apporter au service de l’éducation.”

Selon Merouane Debbah, “on a vu avec la crise sanitaire un accélérateur de la digitalisation de la société.” “On a vu (également) une grande résilience : Internet n’est pas tombé avec l’accroissement du trafic (...) Cela montre que les réseaux ont été bien conçus mais également que nous avons la capacité de répondre à ces besoins.” Autre aspect, celui de la couverture du territoire, la “connectivité”, pour laquelle beaucoup d’efforts ont également été faits.

“Chez Huawei, ajoute-t-il, nous nous sommes associés avec des organismes tels que l’UNESCO avec par exemple une initiative au Sénégal qui nous a permis d’immerger 82,000 enseignants et 500,000 élèves au sein d’une plateforme d’e-learning.”

Se pose cependant la problématique de faire évoluer les méthodes et cultures  en termes de pédagogie et d’apprentissage. Pour Jean Chambaz, il s’agit aussi d’un problème social. “Pour beaucoup d’étudiants (de la Sorbonne), il était difficile d’être isolé pendant trois mois (...), les professeurs ont également dû improviser en passant d’un modèle à un autre.” Il a pu être observé alors “un déclic vis à vis du potentiel du numérique et de l’enseignement à distance en complément du présentiel” et celui de la “nécessité de l’enseignement en présentiel.” Dès lors, les outils numériques peuvent apporter un “enrichissement” complémentaire, “permettant aux étudiants d’être plus acteurs de leur formation.”

La nouvelle place des universités

Après une fin d’année marquée par plusieurs semaines de confinement, près de 2,8 millions d'étudiants étaient attendus lors de la rentrée universitaire 2020, soit + 2,1 % par rapport à 2019. Comment faire face à un tel afflux dans les universités ?

Selon Marie-Christine Levet, “la technologie permet de rendre l’éducation beaucoup plus globale.” Elle permet également “une éducation plus personnalisée”, à travers notamment l’intelligence artificielle, “qui s’adapte à la façon dont chacun apprend.” L’éducation sera aussi “plus immersive et gamifiée” d’une manière adaptée aux attentes et usages des nouvelles générations.

Huawei, selon Merouane Debbah, travaille à ces problématiques depuis plusieurs années. Les applications se font notamment “autour du gaming et de la réalité augmentée”, soit des usages immersifs rendus possibles par la 5G. Un enjeu se pose cependant d’après lui :  “comment humaniser” ces solutions ? Cela représente aujourd’hui un axe de travail pour Huawei.

Un autre enjeu est celui de l’aspect “massif”, lié notamment au nombre d’étudiants. “Les professeurs seront toujours là et fourniront le contenu”, la technologie se chargeant de fournir “le cadre”, l’environnement.

Pour Jean Chambaz, “les technologies peuvent aider à donner à chacun les clés de développer son esprit critique et sa créativité.” Marie-Christine Levet ajoute que les nouvelles technologies peuvent alimenter les professeurs en datas, les aidant à faire de meilleurs cours mais aussi à “rattraper ceux qui décrochent”. Pour Merouane Debbah, “la tendance est (en effet) à l’interactivité.”

L’éducation à vie

John W. Gardner, secrétaire à la Santé, à l'Éducation et aux Services sociaux des États-Unis sous la présidence de Lyndon B. Johnson, affirmait : “aujourd'hui, une grande partie de l'éducation est monumentalement inefficace. Trop souvent, nous donnons aux jeunes des fleurs coupées alors que nous devrions leur apprendre à cultiver leurs propres plantes.”

Pour Merouane Debbah, “ce débat entre former des gens selon des besoins spécifiques ou les doter d’un socle plus général a lieu depuis plusieurs années.” Or, l’évolution des outils et usages technologiques fait émerger le besoin d’une “éducation à vie.” Chez Huawei, explique-t-il, se pose le besoin de continuer à former 200 000 collaborateurs de manière régulière. Au sein de l’entreprise a été mise en place une “Huawei University, qui permet à chacun de se reformer.” Par ailleurs, “l’enseignement a longtemps été un lieu où on donnait le savoir (...), aujourd’hui on passe à un temps utile, composé notamment des interactions et auquel on forme avec un esprit critique.”

Enfin, Marie-Christine Levet est convaincue que “le diplôme à vie est fini.” En effet, “les gens vont alterner des phases de salariat, des phases d’auto-entrepreneur et des phases de formation et il faudra se former tout au long de sa vie.” Au diplôme s’ajouteront une multitude de micro-certifications. “Les compétences sont (en effet) rapidement obsolètes et les entreprises sont face à un énorme enjeu de formation de leurs salariés face notamment aux innovations technologiques.” A l’égard de ce besoin de se former tout au long de sa vie, elle ajoute que “le online comporte énormément d’avantages.”

Dans les universités, selon Jean Chambaz, “ce qui intéresse, c’est le temps long.” Il s’agit de donner un “savoir vivant qui donne les capacités à apprendre à apprendre.”

 

Quelle place pour l’intelligence artificielle ?

Certains se posent en effet la question : l’intelligence artificielle, ou IA, va-t-elle remplacer les professeurs ?

Pour Marie-Christine Levet, “l’intelligence artificielle est au service du professeur.” Cependant, la crise a engendré la rencontre entre une technologie du 21ème siècle, une pédagogie du 20ème siècle et un système éducatif du 19ème siècle. Aujourd’hui, il faut donc, “avec les technologies, réinventer et repenser la pédagogie” qui doit s’adapter aux outils qui “sont au service de l’humain.”

Selon Merouane Debbah, la question se pose dans d’autres domaines : la place du médecin, celle des magasins, etc. La réponse est aujourd’hui “bien connue.” Le “métier de professeur va changer” et un “potentiel va se créer.”

Pour Jean Chambaz, “on remarque que la maîtrise de l’intelligence artificielle demande une formation considérable sur la donnée.” Un travail reste à faire, “d’équiper l’ensemble des masters et doctorants formés à la Sorbonne, à être à même de maîtriser ces technologies”. 

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